Choix du carrelage = Guerre psychologique

Quelle joie ! Depuis peu, je peux choisir mes habits toute seule ! Plus besoin de dire « j’aime pas » à ma maman en faisant la moue pour qu’en fin de compte, elle achète ce qui lui plaît. Terrible, je restais là, dans mon silence, avec ma déception… Et après, le pire : il fallait porter ces horreurs ! Pour lui faire plaisir ! Ah là là… si vous voyiez la photo de famille… J’avais 13 ans, elle voulait me faire porter ce magnifique petit ensemble marin (beurkkkk). Et je voulais mettre mes jeans pat d’eph… Et dire que cette photo ne quittera jamais le salon! Mais que doivent penser de moi les visiteurs de passage ! Je pense que je vais imaginer un cambriolage…Avec la télé, l’ordinateur et les bijoux de famille, j’emmènerai la photo…

Evidemment, mes études, je les ai faites le plus loin possible. Je pensais ensuite aller travailler à l’étranger… Berlin… Les pays de l’est… l’Amérique… Pourtant j’habite à présent en face de mes parents ! Et je n’aurai jamais cru que c’était ici, dans le village de mon enfance, que j’allais vivre la plus grande épreuve de ma vie d’adulte,  celle qui aller me changer profondément et à jamais : la guerre du carrelage.

Tout à commencer le jour où mes propriétaires (mes parents) ont décidé de refaire l’appartement. Ma mère, pour je ne sais quelle raison (Une petite culpabilité ? Une envie de me faire plaisir ?  Ou peut-être une envie de me lier à jamais à cet endroit ?), m’a laissé le choix : carrelage, cuisine, peinture…

Pour le carrelage, je savais exactement ce que je voulais, il fallait seulement que je le trouve. Ma mère et moi avons fait le tour des vendeurs de la ville, sans résultat. J’y suis retournée, seule, j’ai farfouillé partout, et c’est là que je l’ai trouvé : mon carrelage : carré, couleur sable au reflet lavande, avec un peu de structure mais pas trop… le carrelage que je voulais. J’ai pris un carreau à la maison pour le tester in-situ. Parfait. Trop foncé pour ma mère. Elle m’a retrainée chez tous les vendeurs, elle m’a même fait prendre congé. Quelle galère. Dans le magasin, je ne disais plus rien. Aucun carreau ne me convenait… Je revivais mon enfance. Elle est repartie avec un carreau, elle l’a mis à côté du mien. L’un contre l’autre. Pendant des jours, je n’ai pas lâché. Pas un jour sans qu’elle ne revienne à la charge. Jusqu’à la dernière minute. Jusqu’à la commande. Elle a fini par céder. Et maintenant, chaque jour, je vois mes carreaux au sol. Ma victoire.

Parfois, j’oublie. Et je me laisse abattre. J’abandonne la lutte trop vite, je n’essaie même pas parce qu’au fond de moi, cette petite voix me dit que c’est perdu d’avance. Dorénavant, je lui rétorquerai, à cette petite voix malsaine : « et la guerre du carrelage, c’est qui qui l’a gagné, hein, c’est qui ? C’est bibi. Alors tu la fermes et moi, je vais me battre. »

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