L’expédition

Il y a quelques jours… Je quittais ma vallée pour aller de l’autre côté des montagnes, là où ils parlent une langue différente de la notre. Retour en arrière sur cette expédition. Tout ça pour aller voir un spectacle de danse contemporaine. Quelle idée !

Le train a du retard. Attendre ou partir. J’attends sur le quai de la gare. Le nez dans un bouquin pour me distraire. Une fois le livre fini, écouter les babillages des gens pour ne pas penser que je vais arriver en retard. Mais au fond de moi, j’y pense qu’en même. Je vois la tête du monsieur qui va voir mon billet, et je me vois esquisser une excuse qu’il ne comprendra peut-être pas. je le vois me faire rentrer dans la salle obscure, comble, et me guider avec une lampe vers ma place. Je me vois déranger les gens déjà assis, pris par le spectacle.

Rentrer. Mais j’y tiens. Je veux aller voir ces corps entraînés par la musique, alors j’attends. Je pense au spectacle, pas à la tête du monsieur. Mais comment trouver la salle ? Est-ce qu’il va pleuvoir ? J’ai peur. J’en ai mal au ventre. Le train va trop lentement. Je veux rentrer chez moi. Je regarde le paysage. Je cherche sur la carte le chemin le plus court. Je regarde ma montre. J’écris. J’essaie de lâcher prise.

Je m’imagine courir jusqu’à la salle. Arriver essoufflée et transpirante. Mon visage plus qu’aucune parole. Le train s’arrête. Sortir ici ? Ne pas y aller ? Garder mon but dans la ligne de mire. Ne pas laisser mes pensées tout détruire. Accepter les retards, les imprévus. Mon droit à déranger les autres. D’ailleurs, qui est la cause de ce retard ? Dire qu’une heure plus tôt, un homme s’est jeté sous ce train (ou était-ce une femme) et je me fais du souci parce que j’aurai 15 minutes de retard à un spectacle de danse ! Je regarde ma montre. Le spectacle commence dans 5 minutes. je suis toujours dans le train. Je respire. J’essaie de lâcher prise.

Je n’ai pas couru, j’étais essoufflée, transpirante et décoiffée. Le monsieur était grognon. La salle comble. Je suis restée debout tout derrière. Rien sur scène, juste un drap tendu et des corps pour former un univers à nul autre pareil. Et la musique… Surtout la musique…

 Fallait-il comprendre quelque chose ? Je n’ai rien compris. Sauf la réaction en chaîne, la lutte, la disparition, la fin. Les applaudissements. Abasourdie. Retour dehors et revoir le bleu du lac, le vert de la forêt, mais différemment… Et le chant des oiseaux. M’assoir. Reprendre mon souffle. Reprendre pieds. Reprendre ma vie. Lâcher prise.

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