Un petit retour d’âme

Mon dernier article datait de septembre 2018. J’y officialisais ma disparition. Elle m’était apparue, éclatante de vérité, là, devant moi. Je n’existais plus. En tout cas plus vraiment.

Après 3 ans de silence, mon blog était également à faire disparaître. Ce soir d’avril, j’avais donc entrepris d’archiver les articles, le plus machinalement possible, en essayant de ne pas les relire, de ne pas m’y attarder. Mais je n’ai pu m’en empêcher. C’est quoi ce titre ? Qu’est-ce que j’y racontais, déjà ? Et de soupirer quand je voyais dans mes phrases l’envie de trop bien écrire. Et d’imaginer le lecteur, un peu perdu dans ces posts qui disaient ma vie mais pas trop non plus. Ils m’avaient l’air suspendus et presque irréels. Mais j’y revoyais dans chacun d’eux des moments importants de ma vie.

Effacer ce blog, ça voulait aussi dire renoncer à ces instants où j’essayais, avec des mots, de trouver du beau dans ce qui m’arrivait. Et renoncer au résultat, un texte qui me ressemblait et qui me disait… Que me resterait-il alors, de moi ?

Une chose est sur, cette article n’existerait pas si je n’avais pas écouter le podcast « Ou peut-être une nuit » de Charlotte Pudlowski. Ce fut un électrochoc. Après ça, j’ai lu « La Familia Grande » de Camille Kouchner, « Le Consentement » de Vanessa Springora, « La petite fille sur la banquise » d’Adelaïde Bon, « Le viol du silence » d’Eva Thomas. Et là, j’ai découvert que toutes, toutes, elles parlaient de leur disparition. La preuve ci-dessous.

« Fin de la seconde. Je disparais. Je me dissous pour mieux me taire. »

Camille Kouchner, La familia grande

« J’étais en train de me volatiliser, de disparaître. Sensation atroce, comme un arrachement au règne des vivants, mais au ralenti. Une fuite de l’âme par dessous les pores de la peau. »

Vanessa Springora, Le Consentement

« Je suis dans l’escalier il est là il me regarde

il me dit des mots que je n’entends pas

il me fait des choses que je ne sens pas

il me regarde

ses yeux sont glacés et métalliques

je n’existe pas à l’intérieur d’eux

je n’existe plus

je viens de cesser d’exister »

Adelaïde Bon, La petite fille sur la banquise

« Elle n’avait plus de chemin, plus de voix. Elle s’était comme dissoute, envolée, elle était devenue immatérielle. Ce serait peut-être ainsi après la mort. Elle était sans doute déjà morte. »

Eva Thomas, Le viol du silence

Je n’étais pas seule à avoir été effacée. Alors après avoir disparu, après avoir voulu me foutre sous un train l’espace d’une seconde après l’écoute du podcast « Ou peut-être une nuit », la révolte est montée en moi. Ce soir d’avril, elle grondait encore. Et aujourd’hui, elle gronde toujours.

Hier, j’ai posté ma dénonciation contre mon oncle pour agression sexuelle. Pour moi, les faits sont prescrits. Ca ne va pas plaire à ma famille. Mais tant pis. Aujourd’hui, j’ai fait ma première séance de thérapie. Comme ça fait un bien fou, de réapparaître un petit peu.

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