Un petit coucou

Coucou,

J’espère que tu vas bien. Et que tu es contente de ta formation en ligne. Ici, ça va. Je ne voulais pas trop t’écrire, pour ne pas t’embêter avec ça, tu m’écoutes toujours, mais peut-être est-ce trop pour toi ? Je souhaite vraiment que tu puisses te sortir de tes angoisses. Je sais maintenant que mon histoire est difficile à entendre. Mais cette semaine fut difficile au travail, et je sens que ça ne va pas s’améliorer… Et ça me plombe. Donc, comme tu es toujours là pour me lire, si tu le veux bien ?

Le 26 août, je me suis rendue au commissariat pour faire ma déposition. Déposer. J’ai vraiment déposé cette histoire devant l’inspectrice. La journée était douce et ensoleillée. L’entretien s’est bien passé. Je figurerai donc dans les statistiques des enfants incestés ayant porté plainte après le délai de prescription. La démarche, si importante pour moi, était derrière moi. J’étais forte. Et courageuse. Ma sœur m’attendait à la maison pour fêter ça. J’ai demandé à maman de venir aussi. Diane a beaucoup pleuré. Elle a reproché à maman de n’avoir rien fait pour moi. J’ai vu alors qu’elle aussi avait souffert du silence qui m’a entourée. De la solitude dans laquelle on m’a laissée. Maman, elle, ne se remet pas en question. C’est trop dur pour elle. Avec le temps, j’ai compris qu’elle a fait du mieux qu’elle a pu et que pour ne pas trop souffrir et pour ne pas sombrer, elle a préféré penser que tout allait bien. Et prier. 

Le lendemain, elle m’a dit qu’elle avait envoyé un bouquet de fleurs à Yvonne-Aimée de Jésus. Pour la remercier. Parce que si j’avais fait ces démarches, c’était grâce à cette religieuse. Sur le moment, ça m’a complètement sciée. Complètement. Voilà que toute la force et le courage dont j’avais été capable ne venaient pas de moi, mais de Yvonne-Aimée de Jésus ! Dépossédée, seule, non reconnue, ma mère a fait de moi l’espace d’un instant une chose qui recevait sa force d’une personne décédée il y a 70 ans… Je me souviens très bien avoir hésiter à répondre, puis, j’ai lancé un « oui, c’est magique… » Les larmes sont montées aux yeux de ma maman. Elle a besoin de trouver la force en Jésus. Je sais maintenant qu’elle réside en chacun d’entre nous.

Les jours qui ont suivi ont été très sombres. Moi qui rêvais à une nouvelle naissance ! Toutes les tensions s’étaient données rendez-vous autour de mon nombril. Je me rendais compte de toute la place qu’avait pris cet événement dans ma vie. Je n’avais vu plus que lui. Je n’avais pas vu les autres autour de moi. Seulement moi. Toujours moi. Que moi.

Puis le stress au travail m’a bien montré que ce traumatisme avait ancré en moi tellement de comportements… Être figée dans mon lit pendant 1h avant de réussir à me lever. Ne pas oser appeler un collègue pour lui demander de l’aide. Dire non parce que j’ai trop de travail. Puis dire oui quand même. Partir au quart de tour au lieu de parler calmement. Ne pas être vraiment là.

J’essaie de méditer. Je le fais le soir, car le matin, je suis un tronc mort sous les couvertures. Je laisse venir les tensions, et quand les douleurs sont trop fortes, je reviens à la respiration. J’ai repris la lecture du livre de Bessel Van der Kolk « Le corps n’oublie rien ». Fin septembre, j’ai mon prochain rendez-vous chez la thérapeute. J’ai envie de prendre soin de moi et des autres. J’ai envie de joie. J’ai envie de sortir de là.

La montée est escarpée, le chemin infini. Je ne sais pas où je vais. Mais j’essaie de me raccrocher à l’horizon…

Porte-toi bien, mon amie. Prends bien soin de toi. Et à tout bientôt pour un café ! 

Green

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