Dernier souffle

Après l’histoire du soir, mettre encore la lessive dans le séchoir. Ma mère est déjà dans sa voiture, je vois la lueur des phares allumés dans la rue en contrebas. Une fois dehors, ma mère baisse la vitre de la voiture « on se voit là-bas ». Vite remonter parce que j’ai oublié le thermos. Puis ranger la guitare. Ressortir dans la nuit, dans la voiture, brancher mon téléphone pour qu’il charge. Je traverse la plaine vers Saint-Maurice en écoutant Irene Bumbacher parler des 5 obstacles à la méditation. Combien de fois ai-je déjà écouté cet enregistrement ? Une voix parfois mal assurée qui s’éteint à la fin des mots, mais avec tellement de douceur et de joie à l’intérieure…

Nous nous retrouvons devant l’entrée de l’hôpital, ma mère décroche le combiné et s’annonce. Une infirmière vient nous ouvrir. Nous prenons l’ascenseur jusqu’au 3ème étage. C’est vide et silencieux. Tu es dans ton lit. Tu dors sur le côté. On dirait qu’il y a une petite larme au coin de ton œil gauche. Le duvet ne recouvre pas ta poitrine et tes bras. On voit cette grosse croix pendue à ton cou, comme collée dans ta chair. Parfois, tu ouvres tes yeux, mais je ne sais pas si tu vois vraiment… J’ai plutôt l’impression que tu désires me voir mais tu n’y arrives pas. Parfois, j’ai peur que tu ne reprennes pas ta respiration, il y a un tel espace temps entre ton expiration et ton inspiration. Maman parle fort « C’est Green, elle est venue te dire au revoir ». Je luis dis « chutt » avec du reproche dans la voix. Pourquoi quand on arrive dans la chambre d’une personne âgée, même si elle vit ses derniers jours, il faut lui parler si fort quand elle dort ? Et je balbutie « je ne suis pas venue lui dire au revoir, je suis venue lui dire bonjour… » Tout d’un coup, je l’aime tellement, ma grand-maman…

Dans cette chambre d’hôpital, 3 générations de femmes. Je ne perpétuerai pas cette lignée. Trop douloureux certainement. Trop risqué. Dans cette chambre d’hôpital, ma grand-maman meurt. Alors que moi, après cette année de démarches et de thérapie, je renais.

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